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Éditeurs et ESN en 2030 : retour sur la table ronde ADN Ouest

Le 20 octobre 2026, ADN Ouest a réuni éditeurs, intégrateurs, DSI et acteurs de la formation autour d’une question qui concerne tout le secteur : « Éditeurs et ESN : à quoi ressemblera notre modèle en 2030 ? ». Frank Mosser, Président de MGDIS, y a présenté la vision d’un éditeur au service de l’action publique. Voici ce que nous retenons des échanges.

Du temps vendu à la valeur créée

Le modèle historique des ESN repose sur des jours facturés et un volume de code produit. Pour Julien Leroy, Directeur Offre et innovation chez Dimood Group, l’IA ne fera pas disparaître les ESN, mais elle rend ce modèle fragile. La question ne sera plus « combien de jours ? » mais « quel résultat, quel risque pris en charge, quelle valeur apportée ? ».

Le temps de travail ne disparaît pas, il change de nature. On passe moins de temps à produire du code et davantage à comprendre les métiers, concevoir l’architecture, intégrer, sécuriser et accompagner l’adoption. « Le risque n’est pas que l’IA produise le code à notre place. Le risque serait de continuer à vendre le code comme si rien n’avait changé. »

Le développeur cesse ainsi d’être une unité de production. Développement, tests, documentation, reporting : une partie de ces tâches est progressivement déléguée à des agents IA. Le métier glisse vers la vérification et le contrôle du code et des tests. Une question reste d’ailleurs ouverte : à qui appartient la propriété intellectuelle d’un produit généré avec l’IA ? 

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Côté client, Ludovic Bloyet, DSI de la conserverie La Belle-Iloise, observe déjà ce changement. Certaines activités reviennent en interne, les investissements sont mieux maîtrisés et les entreprises cherchent à moins dépendre de leurs prestataires. Ce qu’il attend désormais de ses partenaires : « une vision métier, un accompagnement de qualité, une aide sur l’architecture adaptée », plutôt qu’un tarif journalier.

La vision d'un éditeur public : ce qui ne change pas

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Pour Frank Mosser, les attentes des clients publics restent les mêmes, avec ou sans IA : « qualité de service, sécurité, maintien en conditions opérationnelles, homologation. Dans un marché qui bouge vite, l’avantage décisif reste la confiance. Elle repose sur la connaissance des clients, l’expertise métier et l’excellence opérationnelle. Les éditeurs qui ne font pas ce travail disparaîtront. »

Il invite aussi à regarder l’IA avec lucidité. « Les risques existent : perte de souveraineté, cyberattaques industrialisées, perte de maîtrise de l’architecture, ou illusion de contrôler un outil dont on devient dépendant. Mais l’IA rend aussi possible ce qui n’était pas viable économiquement hier : des outils 100 % conformes RGAA, la mesure du bilan carbone d’usage d’un logiciel, une sécurité et une qualité renforcées. »

Les échanges l’ont confirmé : l’IA aide à répondre à des exigences réglementaires de plus en plus fortes, du RGPD au Data Act, en passant par l’accessibilité et la responsabilité numérique. Elle pose aussi la question de sa propre empreinte : trop de tokens, trop de CPU. Réfléchir à la finalité de chaque usage et imaginer une IA frugale fait partie de la réponse. 

Le marché des éditeurs se réorganise dans deux directions : de grandes plateformes se renforcent pendant que les éditeurs spécialisés se multiplient. Pour Julien Leroy, l’interopérabilité devient donc décisive. La valeur ne tient plus à une fonctionnalité isolée, mais à la façon dont elle s’intègre dans un processus métier et à son usage réel.

Des métiers qui évoluent en profondeur

Selon Ludovic Bloyet, le support, le help desk et le développement sont les premiers concernés. Les équipes métiers arrivent désormais avec des problèmes déjà analysés et des pistes de solution. Les profils recherchés sauront automatiser les flux, comprendre les processus et concevoir une architecture de bout en bout. Les développeurs devront savoir formaliser un besoin, définir des tests et se faire comprendre de tous. La capacité à communiquer deviendra un vrai facteur de différence.

De nouveaux métiers émergent : l’architecture entre agents IA et systèmes existants (legacy) ; la gouvernance de l’IA, pour encadrer le shadow IT et faire en sorte que le SI reste un système de confiance ; l’orchestration d’agents, qui garantit le contrôle et la qualité de la production ; la conduite du changement, sur l’organisation comme sur les compétences. En toile de fond, un sujet de souveraineté, celle des données comme des modèles. L’ère du « lead dev » s’efface au profit d’un rapprochement des métiers. 

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Former sans créer de dette de compétences

Faut-il encore apprendre à coder, ou apprendre à piloter des systèmes qui codent ? Pour Hervé Basset, fondateur de JOB-STAGING, les compétences qui feront la différence sont l’esprit critique, la créativité, la résolution de problèmes et la connaissance du métier. Julien Leroy a défendu un apprentissage par le réel : prototypes, cas clients, binômes entre experts et juniors. Avec une condition : que le gain de productivité immédiat n’appauvrisse pas la transmission des savoirs.

La bataille des compétences se joue d’abord sur les juniors. Un chiffre a marqué les échanges : -40 % de recrutements de développeurs juniors, quand ceux des profils commerciaux progressent. Comment un junior devient-il senior si les tâches d’apprentissage sont confiées à des agents ? Quel binôme senior-junior inventer, quelle évolution au sein des ESN, quelle formation dans l’enseignement supérieur ? 

Un point fait consensus : la vraie valeur du développeur reste sa capacité d’analyse, à commencer par celle du besoin client. La bascule se fait de la stack technique vers les soft skills : adaptabilité, travail en équipe, choix technologiques, communication. 

Frank Mosser a présenté la priorité de MGDIS : « faire monter en compétences nos équipes, dont les métiers évoluent. Les soft skills retrouvent toute leur place, et c’est une bonne nouvelle. »

Et dans 5 ans ?

« L’ESN deviendra avant tout un orchestrateur de valeur, capable de combiner expertise métier, plateformes et agents IA. » — Julien Leroy

« On ne parlera plus d’IA, mais de nouveaux services pour renforcer les métiers. » — Ludovic Bloyet

Notre approche

L’IA ne remet pas en cause ce qui fait la valeur d’un éditeur : connaître les métiers, protéger les données et concevoir avec celles et ceux qui utilisent les solutions. C’est dans cet esprit que MGDIS intègre de nouveaux services d’IA dans ses solutions. Ils doivent être utiles aux agents, rester sous leur contrôle et ne rien céder sur la sécurité. Depuis plus de 40 ans, c’est la même boussole : un numérique utile, fiable et proche du terrain.

Adhérente d’ADN Ouest depuis 2018, MGDIS est un membre actif du réseau, en particulier du pôle ADN 56, qui fédère les acteurs du numérique du Morbihan et que nos équipes contribuent à animer. Nous y partageons régulièrement nos savoir-faire : en avril 2024, MGDIS a ainsi participé à un retour d’expérience lors du workshop réunissant les développeurs du Morbihan, et en mai 2025, nous avons accueilli un Afterwork SPEAK’IT consacré à l’IA. Faire vivre ce réseau, c’est contribuer à un écosystème numérique régional où éditeurs, ESN, DSI et formateurs avancent ensemble face aux mêmes transformations. Fidèle à cet engagement, MGDIS remercie les organisateurs pour ce temps d’échange, ainsi que l’ensemble des intervenants pour la qualité et la franchise du débat.